De la bonne tourbe pour les migrateurs et les agriculteurs

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En migration, les champs inondés, comme le site d’escale yverdonnois, sont

En migration, les champs inondés, comme le site d’escale yverdonnois, sont l’habitat de prédilection du chevalier sylvain. photo © Jean-Claude Muriset

La « station-service » de la plaine de l’Orbe est à nouveau à disposition des petits échassiers en route vers leurs sites de nidification au nord de l’Europe. Inondés artificiellement de mars à mai, ces cinq hectares de terre tourbeuse près d’Yverdon-les-Bains ont déjà été adoptés par de nombreux migrateurs. L’inondation n’offre pas seulement une zone de repos et de ravitaillement rare dans notre pays, elle permettra peut-être de conserver la fertilité des terres tourbeuses.

En migration, les champs inondés, comme le site d’escale yverdonnois, sont l’habitat de prédilection du chevalier sylvain. Avant le premier ensemencement en juin, ce champ de terre tourbeuse est inondé entre mars et mai avec de l’eau de la Thielle voisine. La table est servie pour les limicoles, qui sondent la vase à la recherche de petits invertébrés. Yverdon-les-Bains. ’ A Yverdon, agriculteurs, ville et ornithologues ont travaillé main dans la main pour mettre un site d’escale à disposition des limicoles. En migration, ces petits échassiers se contentent d’un champ humide dont ils sondent la terre meuble avec leur long bec à la recherche d’invertébrés. Après une inondation pilote à l’automne 2017, l’association « Escales Limicoles et Agriculture » inonde temporairement cinq hectares de champs appartenant à la ville entre mars et mai, avant le premier ensemencement.

Pour les centaines de milliers de limicoles qui survolent notre pays en migration, les eaux peu profondes et calmes offrant nourriture et repos sont bien rares. Pourtant, entre leurs quartiers d’hiver d’Afrique ou d’Europe méridionale et la toundra du nord de l’Eurasie où ils nichent, le chemin est long et les escales sont vitales. Bon nombre de ces oiseaux qui arrivent en Suisse viennent de traverser la mer Méditerranée et le Sahara !

« Depuis début mars, le site d’escale yverdonnois accueille quotidiennement entre une vingtaine et une centaine de limicoles d’une quinzaine d’espèces » se réjouit Christian Roulier, initiateur du projet. Avec des comptages journaliers, l’association « Escales Limicoles et Agricul- ture » suit de près la fréquentation de ce site d’escale temporaire.

Les aspects relatifs à la conservation et à la fertilité du sol tourbeux font eux aussi l’objet d’une étude approfondie. Des indicateurs biologiques, chimiques et physiques du sol sont mesurés avant et après l’inondation de ce printemps. Car le projet, soutenu par la Station ornithologique suisse et Nos Oiseaux, ainsi que par la Commune d’Yverdon-les-Bains, le canton de Vaud, la Confédération et la Fondation Montagu, veut faire d’une pierre deux coups. « S’il s’avérait que la mise en eau améliorait la qualité de la terre tourbeuse en freinant sa minéralisation, l’agriculture sortirait aussi bénéficiaire de l’opération », précise Christian Roulier.