La protéine S, clé de la virulence des streptocoques

Localisation de la protéine S (en vert) grâce à la fusion avec une protéine fluo
Localisation de la protéine S (en vert) grâce à la fusion avec une protéine fluorescente chez Streptococcus pneumoniae. Jessica Burnier, DMF-Unil

L’équipe du Pr Jan-Willem Veening, au Département de microbiologie fondamentale de l’Université de Lausanne, a mis en évidence chez le streptocoque le rôle central de la protéine S dans l’arsenal de défense de cette bactérie qui peut se révéler très pathogène. Les résultats sont à découvrir dans l’édition du 19 décembre 2025 de la revue «Nature Microbiology».

Les streptocoques sont un groupe de bactéries naturellement présentes chez l’homme et les animaux. Certaines espèces sont inoffensives, mais d’autres, à l’instar du pneumocoque (Streptococcus pneumoniae) ou du streptocoque du groupe A (SGA, Streptococcus pyogenes), peuvent provoquer des maladies graves comme des pneumonies ou des méningites.

Une paroi pour armure

Mais comment ces micro-organismes parviennent-ils à faire face aux mécanismes de défense antibactériens de leur hôte? La capacité de virulence et de survie des bactéries repose en grande partie sur leur paroi cellulaire, une structure qui entoure le microbe comme une armure. Cette cloison leur permet non seulement de conserver leur forme, mais aussi de résister aux attaques du système immunitaire de l’organisme infecté. En modifiant ou réparant cette paroi, les streptocoques réussissent ainsi à s’adapter à leur environnement et à échapper aux défenses de l’hôte.

L’arme secrète des streptocoques

La paroi cellulaire comprend à sa surface différents composants, comme des sucres ou des protéines spécifiques. L’une d’entre elles, prénommée la protéine S, est conservée chez tous les streptocoques. Si on connaît déjà le rôle essentiel de cette molécule dans la virulence, sa fonction précise dans la capacité de la bactérie à induire des infections demeure mal comprise.

L’équipe de Jan-Willem Veening, professeur ordinaire et directeur du Département de microbiologie fondamentale de la Faculté de biologie et de médecine de l’Université de Lausanne, a fait de cette protéine l’un de ses sujets de recherche de prédilection. Pour mener à bien ses investigations, elle a utilisé, en collaboration avec des collègues d’universités américaines et anglaises, une combinaison de techniques: analyses génétiques, biochimiques, biologie cellulaire, imagerie à molécule unique, suivis de croissance et modèles d’infection. «Ces approches nous ont permis d’explorer à la fois la localisation cellulaire de la protéine S, ses interactions avec d’autres protéines et son rôle pendant les infections», relate Jessica Burnier , doctorante au sein du laboratoire du Pr Veening et première auteure de l’article paru le le 19 décembre 2025 dans la revue Nature Microbiology.

Vers de nouvelles cibles thérapeutiques

Les résultats des scientifiques montrent que la protéine S fait partie d’un complexe de protéines spécialisées dans la réparation et la modification de la paroi bactérienne lorsqu’elle est endommagée, par exemple sous l’effet des défenses immunitaires de l’hôte ou lors de traitements antibiotiques ciblant la paroi cellulaire. «Cette découverte éclaire le rôle de la protéine S dans la survie et l’adaptation des streptocoques, explique la microbiologiste. Nous avons notamment pu démontrer que lors d’infections aux streptocoques d’embryons de poisson-zèbre et de souris, ces derniers survivent mieux à une infection par des streptocoques dépourvus de protéine S, que lorsqu’ils sont infectés par des streptocoques possédant la protéine. Dit plus simplement, le streptocoque dépourvu de la protéine S est moins virulent.»

Ces recherches laissent entrevoir la perspective de traitements inédits. «Notre étude ouvre la voie à de nouvelles stratégies pour limiter la virulence, en ciblant ce système clé de défense bactérienne», conclut Jan-Willem Veening, qui a dirigé les travaux.