Un pays où le destin scolaire se joue dès l’enfance
En Suisse, accéder à l’université, étape souvent décisive pour entrer dans les sphères dirigeantes, n’a rien d’évident. Seule une minorité de la population y parvient : environ 35 % des 35-44 ans, et à peine un quart des plus de cinquante ans. Plus encore : l’accès aux filières académiques se décide très tôt, parfois dès 12 ou 13 ans, lorsque les performances scolaires orientent l’élève vers des voies qui, plus tard, ouvriront ou fermeront les portes du pouvoir.Dans ce contexte, tous les enfants ne partent pas avec les mêmes ressources. Les familles favorisées disposent d’atouts souvent invisibles, mais déterminants : une familiarité avec les codes scolaires et le milieu de la culture, une capacité à accompagner, à guider, à anticiper les choix éducatifs. Ces premiers écarts deviennent, au fil du temps, des bifurcations décisives.
Dans l’ombre des familles, les pratiques qui façonnent les futurs leaders
Pour comprendre finement ces mécanismes, Anne-Sophie Delval chercheuse à l’Observatoire des élites suisses (OBELIS) analyse les stratégies éducatives qui pavent la route des élites suisses. Il s’agit de l’ensemble des pratiques qu’une famille met en oeuvre pour favoriser la réussite de ses enfants. Dans les milieux privilégiés, on lit beaucoup et tôt, on fréquente musées et salles de concert, on discute d’actualité à table, on entraîne l’argumentation et la prise de parole. On choisit soigneusement les activités extrascolaires, les environnements sociaux, les réseaux de pairs.Ces gestes du quotidien construisent des compétences essentielles pour l’école : aisance à argumenter, confiance en soi, culture générale, capacité à s’adapter aux attentes implicites. Année après année, ces pratiques créent un terreau fertile pour accéder aux filières qui préparent aux positions d’influence.


