Quand la reconnaissance faciale rencontre l’histoire de l’art : une IA pour identifier Marie-Antoinette ?

Une collaboration scientifique inédite entre le Musée d’art et d’histoire de Genève (MAH), l’Université d’Oxford, l’Institut de Recherche Idiap et l’école des sciences criminelles de l’Université de Lausanne pourrait bien révolutionner notre manière de regarder les portraits historiques.

Le projet INTERART ambitionne d’identifier, grâce à des technologies de reconnaissance faciale hétérogène (HFR), les visages représentés dans des oeuvres du XVIIIe siècle, notamment un célèbre dessin de Jean-Étienne Liotard, longtemps supposé représenter Marie-Antoinette enfant.

Ce projet interdisciplinaire associe des expertises en biométrie, science forensique, histoire de l’art et histoire culturelle. Il s’appuie sur des outils technologiques de pointe développés par l’Idiap, capables de comparer des images issues de médiums très différents - dessins, pastels, peintures - et de qualité variable, comme c’est souvent le cas pour les oeuvres anciennes.

Catriona Seth, professeure à l’Université d’Oxford, et Dr Marie-Eve Celio, conservatrice responsable des arts graphiques au Musée d’art et d’histoire de Genève, expliquent leur questionnement de départ : « Une intuition, complétée de recherches archivistiques et iconographiques, nous a conduites à interroger l’identité de certains dessins. Nous nous sommes demandé quelle contribution l’IA pouvait apporter au débat pour confirmer ou infirmer nos hypothèses. »

« Grâce à la reconnaissance faciale hétérogène, nous pouvons confronter des portraits historiques à des représentations connues, même si les supports ou les styles diffèrent radicalement », explique Dr Sébastien Marcel, professeur, chercheur senior et chef du groupe de biométrie à l’Idiap.

La question de l’identité est centrale en science forensique. David-Olivier Jaquet-Chiffelle, professeur ordinaire à l’école des sciences criminelles de l’Université de Lausanne, précise « En étudiant les traces produites par une activité criminelle, le forensicien cherche à identifier des objets, des substances, des suspects pour reconstruire l’activité ou analyser une série criminelle. L’identification des portraits réalisés par Liotard présente certaines similitudes avec l’identification d’un suspect via un portrait-robot. »

Le dessin au coeur de l’enquête, conservé au MAH, représente-t-il Marie-Antoinette, future reine de France, ou Marie-Caroline, l’une de ses soeurs, future reine de Naples - L’enjeu est de taille : confirmer l’identité de ce portrait permettrait non seulement de réévaluer une oeuvre majeure de Liotard, mais aussi de mieux comprendre les stratégies de représentation des figures royales au XVIIIe siècle.

Le projet, soutenu par la Loterie Romande, a débuté en juin 2025 pour une durée de 18 mois. Il prévoit une phase expérimentale de tests biométriques, une exposition au MAH (du 3 octobre 2026 au 7 février 2027), un colloque scientifique, ainsi qu’une publication à destination du grand public. Des articles dans des revues spécialisées viendront également diffuser les résultats auprès de la communauté scientifique.

Ce projet est une occasion unique de croiser les regards : celui de l’historien de l’art, du spécialiste de la culture du XVIIIe siècle, du chercheur en IA et du forensicien.

INTERART s’inscrit dans une dynamique de recherche innovante, où les technologies avancées ne remplacent pas l’analyse humaine, mais la complètent. Il s’agit d’un exemple concret d’une application de nouvelles technologies dans les sciences humaines, ouvrant la voie à des méthodes innovantes d’analyse du patrimoine culturel.