Des cartes pour cibler la vaccination itinérante contre le Covid-19

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Vaccinations itinérantes dans la salle de gymnastique de Préverenges. © PCI Vaud

Vaccinations itinérantes dans la salle de gymnastique de Préverenges. © PCI Vaud

Une collaboration entre l’EPFL, la Protection civile vaudoise et la Direction Générale de la Santé du Canton de Vaud a permis de déployer de manière ciblée des centres de vaccination mobiles contre le Covid-19 et d’informer les populations les plus précaires sur l’importance de se faire vacciner pour enrayer la pandémie.

Alors qu’elle travaillait sur la prévention des maladies chroniques, Anaïs Ladoy a embarqué dans une tout autre aventure en mars 2021. «J’avais déjà rencontré les membres de la Direction Générale de la Santé (DGS) du Canton de Vaud dans le cadre de ma thèse. J’allais sur place et ils connaissaient mon approche méthodologique», explique la doctorante au Laboratoire de Systèmes d’Information Géographique (LASIG) de l’EPFL. Depuis janvier 2019, ses travaux se concentraient sur l’analyse géographique des maladies chroniques et des problèmes de santé sur le territoire (diabète, maladies cardiaques, surpoids, etc.), afin de mieux cibler les campagnes de prévention. «Au printemps, la DGS nous a recontactés, mon superviseur et moi, pour nous demander si nous pouvions les aider à planifier la campagne de vaccination itinérante du Canton.»

Première phase Anaïs Ladoy et Stéphane Joost, maître d’enseignement et de recherche, répondent présents. Ils n’ont que dix jours pour développer une méthode et identifier les lieux où déployer ces centres de vaccination temporaires. La doctorante met de côté son projet de recherche initial et se consacre pleinement à cette tâche. Une nouvelle cellule de discussion se met en place entre les scientifiques du LASIG, le Commandant de la Protection civile vaudoise Louis-Henri Delarageaz et Jérôme Mouton, chef de projet renfort pandémie Covid-19 pour la DGS. «Il fallait développer une méthode efficace, compréhensible et flexible qui puisse être rapidement opérationnelle afin que le concept soit prêt dans les délais et validé par la délégation du Conseil d’Etat en charge de la vaccination», raconte Anaïs Ladoy. 

Indice de vulnérabilité L’ingénieure compile alors des centaines de milliers de données anonymisées de l’Office fédéral de la statistique (OFS) et du Canton de Vaud. Son but: identifier au niveau du code postal les régions non desservies par les centres de vaccination fixes et celles où vivent les populations les plus vulnérables (âgées et vivant seules, précaires, allophones, etc.). «J’ai créé des indicateurs pour chaque zone, par exemple pour l’accessibilité à un centre de vaccination fixe, le revenu médian et les zones les plus touchées par le covid», détaille Anaïs Ladoy. 

En fonction des résultats, la protection civile a pu définir les lieux et communes à cibler pour installer les centres de vaccination itinérants.

La chercheuse fixe ensuite un score pour chaque variable et un poids pour chacune d’elle en fonction de leur importance, sous le contrôle de l’expert en vaccination, de la littérature scientifique et des priorités du Canton. Ceci pour créer au bout du compte un indice de vulnérabilité. «En fonction des résultats, la protection civile a pu définir les lieux et communes à cibler pour installer les centres de vaccination itinérants.» Lors de cette première phase, plus de 14’500 personnes ont pu être vaccinées dans 31 communes où des centres de vaccination d’une capacité de 400 à 600 doses par jour ont été installés, pour l’essentiel dans des salles polyvalentes.

Deuxième phase Fort de ce succès, le Canton demande début juin aux chercheurs d’affiner leurs analyses au niveau de l’hectare, une échelle plus précise, mais qui permet de garantir la protection des données. Anaïs Ladoy se base alors sur les statistiques des vaccinations en cours et parvient à révéler les zones qui présentent un retard de vaccination par rapport à la moyenne du canton. Quarante pour cent de la population a alors reçu au moins une dose à la mi-juin (environ 340’000 personnes au total). «Ce retard a des causes multiples. Les populations concernées vivent dans une précarité qui les isole, elles manquent d’information, et souvent pour cette raison, elles ne vont pas prendre rendez-vous en ligne ni se déplacer dans les centres de vaccination. Quand le dispositif est accessible sur place et que des informations sont fournies dans la bonne langue, les gens décident de se faire vacciner. Ces populations ne sont pas opposées au vaccin et il vaut la peine d’aller vers elles», explique la doctorante. 

L’apport scientifique s’est révélé déterminant dans cette étape de la planification de la campagne de vaccination cantonale.

Inclus dans la stratégie, le Service de communication du Département de la Santé et de l’Action Sociale (DSAS) du canton produit alors des informations sur la vaccination en 9 langues et en français simplifié, distribue des flyers auprès d’une trentaine d’associations d’aide aux vulnérables, dans les salons de coiffure, épiceries, lieux d’accueil de sans-papiers et de SDF, et devant les commerces des régions ciblées. Déployée début juillet, cette nouvelle campagne de vaccination de proximité a permis de vacciner près de 2000 personnes dans des infrastructures mobiles déployées durant 20 jours sur 36 sites différents tels que des marchés, des centres commerciaux ou certains quartiers ciblés sur la base des propositions du LASIG. «La collaboration avec le LASIG nous a permis de procéder à une appréciation de la situation fouillée, argumentée et fondée sur des faits. Cette analyse a objectivé la situation et nous avons ainsi pu cibler au mieux les actions à entreprendre et les transposer dans le terrain. L’apport scientifique s’est révélé déterminant dans cette étape de la planification de la campagne de vaccination cantonale», explique Louis-Henri Delarageaz.

Partenariat à poursuivre Le doctorat d’Anaïs Ladoy sera finalement en partie consacré à la pandémie. La chercheuse a déjà publié un article scientifique sur la détection des clusters de covid dans le canton de Vaud durant la première vague. Son thème initial de recherche demeure en filigrane: des observations ont rapidement mis en évidence une interaction entre les maladies chroniques et le Covid-19: les personnes vivant dans des conditions précaires et affectées par une maladie chronique sont également celles qui vont être les plus sévèrement touchées par le virus. Les experts parlent dans ce cas de syndémie. «C’est une chance pour moi de réaliser un doctorat aussi appliqué. Cela permet aussi de montrer que la prise en compte de la dimension géographique de l’information sanitaire permet de mettre en oeuvre des mesures ciblées et efficaces. Nous espérons que d’autres opportunités de collaboration se dessineront à l’avenir.»

Légende de la carte:

Distance au centre de vaccination le plus proche par le réseau routier pour chaque aire d’acheminement postal (NPA) du canton de Vaud.
Plus le rouge est foncé, moins l’accessibilité au centre de vaccination le plus proche est bonne. L’accessibilité est une des composantes de l’indice de vulnérabilité utilisé. © EPFL/LASIG A. Ladoy, S.Joost

References

Anaïs Ladoy, Onya Opota, Pierre-Nicolas Carron, Idris Guessous, Séverine Vuilleumier, Stéphane Joost, Gilbert Greub, "Size and duration of COVID-19 clusters go along with a high SARS-CoV-2 viral load: A spatio-temporal investigation in Vaud state, Switzerland", Science of the Total Environment, 2021.


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