Pourquoi le "cerveau abdominal" joue-t-il un rôle central dans les allergies ?

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La coupe de tissu présentée, réalisée dans l’intestin d’une souris incapable de produire le neuropeptide VIP, montre clairement que certains types de cellules sont particulièrement fréquents à la surface de l’intestin. Il s’agit entre autres de cellules en touffe (rouge), de cellules en gobelet produisant du mucus (jaune), de cellules granulaires de Paneth (rose) ainsi que de cellules souches (vert). © Charité | Luisa Barleben

Une étude internationale a révélé une fonction du système nerveux intestinal inconnue jusqu’à présent. Comme le montre l’équipe, le système nerveux intestinal régule la composition et la stabilité de la barrière intestinale. Si ce mécanisme de protection est perturbé, une tendance aux allergies apparaît. Ces résultats ouvrent de nouvelles perspectives pour le traitement des allergies, des maladies inflammatoires chroniques de l’intestin et du syndrome du côlon irritable.

Le système nerveux intestinal, souvent appelé ’cerveau abdominal’, joue un rôle crucial dans la gestion de notre digestion et dans le maintien de ce que l’on appelle la barrière intestinale. Cette couche protectrice sépare le corps du contenu de l’intestin et se compose de la muqueuse intestinale, des cellules de défense et du microbiome.

Pour que la barrière intestinale puisse fonctionner efficacement, tous les composants doivent être en bon équilibre. Si cet équilibre est perturbé, des inflammations, des allergies ou des maladies intestinales chroniques peuvent apparaître. Dans ce contexte, la muqueuse intestinale est considérée comme la principale ligne de défense contre les agents pathogènes. Des études antérieures avaient montré que le système nerveux intestinal, outre sa fonction digestive, jouait également un rôle important dans les réactions de défense de l’intestin. Cependant, l’influence du système nerveux intestinal sur le développement des cellules intestinales restait jusqu’à présent largement inexplorée.

Une équipe de recherche internationale, dirigée par l’Université de Berne, l’Hôpital de l’Île de Berne, l’Hôpital universitaire de Berne et la Charité, vient de montrer pour la première fois que le système nerveux intestinal joue le rôle d’interrupteur central pour la barrière intestinale. par le biais d’un neurotransmetteur libéré, il contrôle non seulement la manière dont les cellules de la paroi intestinale se développent en différents types de cellules, mais il influence également les réactions immunitaires dans l’intestin qui favorisent les allergies. Les résultats de cette étude novatrice ont été publiés récemment dans la revue spécialisée Nature Immunology.

Le système nerveux intestinal comme ’chef d’orchestre’ entre les cellules souches et les cellules de défense

Dans leur étude, les chercheurs ont examiné, à l’aide du modèle de souris, comment certaines cellules nerveuses de l’intestin communiquent avec les cellules souches de l’intestin. Ils se sont focalisés sur le peptide intestinal vasoactif (VIP), un messager chimique produit par le système nerveux intestinal. Les résultats de l’étude montrent pour la première fois que les cellules nerveuses intestinales communiquent directement avec les cellules souches intestinales via le neurotransmetteur VIP. Les cellules nerveuses veillent ainsi à ce que les cellules souches ne se multiplient pas trop rapidement et ne mûrissent pas trop en certains types de cellules. Si ce mécanisme de contrôle est perturbé et que le messager VIP fait défaut, il se forme un excès de cellules dites "en touffe". Celles-ci émettent à leur tour des signaux qui déclenchent une sorte de programme d’allergie dans l’intestin.

nos résultats montrent que le système nerveux intestinal est un facteur décisif pour le maintien d’une muqueuse intestinale saine, pour la régulation immunitaire et, en fin de compte, pour une barrière intestinale saine", explique Manuel Jakob de la clinique universitaire de chirurgie viscérale et de médecine de l’Inselspital, collaborateur de recherche au Department for BioMedical Research (DBMR) de l’Université de Berne et scientifique à la Charité. Le premier auteur Il s’agit d’un interrupteur central pour la santé, les défenses immunitaires et peut-être aussi les maladies qui touchent un très grand nombre de personnes. Il est intéressant de noter que les résultats indiquent que l’effet est également influencé par le type d’alimentation, c’est-à-dire la nature des aliments’.

Nouvelles approches pour les maladies inflammatoires et allergiques de l’intestin

Un microbiome intestinal sain et une réponse immunitaire stable sont indispensables pour se défendre contre les maladies, d’où l’importance de l’étude du système nerveux intestinal. ’Le mécanisme découvert pourrait expliquer pourquoi certaines personnes réagissent de manière hypersensible dans l’intestin et comment nous pourrons intervenir de manière ciblée à l’avenir’, explique Christoph Klose, responsable du groupe de travail Interaction neuro-immune à l’Institut de microbiologie et d’immunologie infectieuse de la Charité et dernier auteur de l’étude. si nous comprenons mieux l’interaction entre les nerfs, les cellules et les réactions immunitaires dans l’intestin, nous pourrons développer des médicaments plus ciblés et plus personnalisés - par exemple pour les allergies, le syndrome du côlon irritable ou les maladies inflammatoires chroniques de l’intestin’.

En outre, il est possible de s’attaquer directement à ces réactions par le biais de l’alimentation. Dans une prochaine étape, l’équipe souhaite donc découvrir comment l’alimentation peut être utilisée de manière ciblée pour soutenir cet axe nerveux-intestinal et promouvoir la santé intestinale.