
L’alimentation des loups en Suisse est composée à 88,3 % d’animaux sauvages, des cerfs en particulier, et à 11,7 % d’animaux de rente, majoritairement des moutons. Elle varie aussi en fonction de la saison, de la région et du statut social des loups. C’est ce que montrent des biologistes de la Fondation KORA (E‰cologie des carnivores et gestion de la faune sauvage) et de l’Université de Lausanne.
Une étude du Département d’écologie et évolution (DEE) de la Faculté de biologie et de médecine de l’Université de Lausanne et de la Fondation KORA, publiée le 6 octobre 2025 dans la revue Wildlife Biology, fournit la première analyse détaillée du régime alimentaire des loups dans les Alpes du Nord et le Jura. En identifiant l’ADN des proies présentes dans les excréments de loups, les scientifiques montrent que ces grands carnivores mangent principalement des ongulés sauvages (cerfs élaphes, chevreuils et chamois). Les animaux de rente tels que les moutons, les chèvres ou les bovins jouent un rôle secondaire. Les travaux mettent aussi en évidence des différences dans le régime alimentaire selon la région, la saison et le statut social des animaux.
Différences selon le statut social
L’étude a examiné si l’alimentation des loups diffère selon qu’ils vivent en meute ou seuls. Il apparaît en effet que le statut social a une influence sur le comportement alimentaire: les loups solitaires mangent proportionnellement plus de chevreuils. Afin de pouvoir évaluer de manière fiable d’autres différences, il faudrait cependant disposer de davantage de données et distinguer plus précisément les loups solitaires qui se dispersent de ceux qui sont territoriaux, précise l’étude.
Différences saisonnières
Outre le statut social, la saison joue également un rôle. Ainsi, les chevreuils sont plus souvent consommés en hiver, tandis que les chamois occupent une place plus importante en été et en automne, en particulier dans les Alpes suisses orientales et en Valais. La proportion d’animaux de rente augmente en été, ce qui, d’après les auteur·es, s’explique par leur présence plus importante sur les pâturages pendant la saison d’estivage. Aucune différence saisonnière n’est observée par rapport à la consommation des cerfs.
Différences régionales
Les différences régionales ont également été étudiées. Dans les Alpes valaisannes, contrairement aux autres zones, les chevreuils et les chamois représentent une part plus importante de l’alimentation des loups que les cerfs. Cela peut s’expliquer en partie par une occurrence plus élevée. Dans le sud du Jura, les bovins étaient plus souvent consommés que dans les autres régions.
Méthode d’analyse
L’analyse repose sur la méthode du métabarcoding ADN, qui permet d’identifier de façon simultanée plusieurs espèces animales présentes dans un même échantillon par le biais d’un séquençage ADN à haut débit. Entre 2017 et 2024, 698 échantillons de matières fécales provenant de 250 loups différents ont été collectés et inclus dans l’étude. Dans 653 d’entre eux, des fragments d’ADN de proies faisant partie des vertébrés ont pu être détectés par le Laboratoire de biologie de la conservation de l’Université de Lausanne. «Lors de l’interprétation des résultats, il faut garder à l’esprit que ce sont des échantillons de crottes qui ont été analysés, ce qui implique certaines limites. Nos travaux montrent ce que les loups ont mangé, ce qui inclut, en plus des animaux qu’ils ont eux-mêmes tués, ceux qu’ils ont consommé sous forme de charognes», précise Florin Kunz , premier auteur de l’étude et doctorant au KORA et au DEE.
«Le lieu de prélèvement des échantillons joue également un rôle important: sans surprise, la proportion d’animaux d’élevage est plus élevée lorsque l’on se concentre uniquement sur les crottes collectées à proximité de cadavres d’animaux d’élevage, que lorsque celles-ci proviennent de prélèvements aléatoires ou de zones proches de dépouilles d’animaux sauvages», ajoute Luca Fumagalli , directeur du LBC et professeur associé à la Faculté de biologie et de médecine.
Collaboration
Cette analyse a été réalisée dans le cadre du projet KORA «Monitoring et gestion intégrés» financé par une fondation privée. Elle fait partie du projet de doctorat de Florin Kunz, cosupervisé par Nina Gerber (KORA) et Philippe Christe (DEE-Unil). Les échantillons ont été principalement collectés et envoyés par des gardes-faune cantonaux, dans le cadre des analyses génétiques de routine que le LBC effectue depuis de nombreuses années avec le soutien financier de l’Office fédéral de l’environnement.




