L’inclusion, facteur de réussite à l’école

Un climat scolaire inclusif envers l’immigration favorise la réussite des élèves immigré·es. C’est ce que démontre une vaste enquête internationale de l’Université de Lausanne, portant sur 1544 écoles publiques de sept pays de l’OCDE.

Comme l’ensemble de la population, les enseignant·es ne sont pas à l’abri de préjugés envers les personnes immigrées, et notamment envers leurs élèves issu·es de l’immigration. Selon Anatolia Batruch ( Institut des sciences sociales et Centre Lives ), autrice principale de l’enquête, il existe un « climat normatif » dans les établissements scolaires. « Certaines normes et représentations liées à l’immigration, qu’elles soient positives ou négatives, sont largement partagées par les enseignant·es. Elles ont une influence sur les performances scolaires de leurs élèves », explique la chercheuse.

Pour étayer cette analyse, Anatolia Batruch et ses collègues Eva Green ( Institut de psychologie , Laboratoire de psychologie sociale et Centre Lives ) et Nicolas Sommet ( Institut des sciences sociales et Centre Lives ) se sont appuyé·es sur les données à grande échelle du Programme for International Student Assessment (PISA). Leur échantillon était composé de 46’740 élèves et 35’452 enseignant·es. D’un côté, ils ont comparé les performances scolaires des élèves immigré·es de première génération (né·es à l’étranger), des élèves immigré·es de deuxième génération (enfants de migrant·es) et des élèves non immigré·es. De l’autre côté, ils ont évalué les attitudes des enseignant·es envers l’inclusion des personnes immigrées dans la société. Une fois ces données agrégées, ils ont pu établir un climat d’inclusion ou d’exclusion au sein de chaque école.

Des écarts de réussite réduits

Les résultats sont clairs : dans les écoles où les enseignant·es affichent collectivement des attitudes plus favorables à l’immigration, les élèves immigré·es de première génération obtiennent de meilleurs résultats que dans les écoles moins inclusives. De plus, les élèves immigré·es arrivent à combler une part importante de leur retard scolaire, équivalent à environ une année d’études. Les scientifiques soulèvent également que l’écart de performance entre élèves non immigré·es et élèves de première génération y est significativement plus petit. Autrement dit, un climat scolaire valorisant la diversité contribue à atténuer les inégalités de réussite.

Autre résultat notable : cet effet positif ne s’observe pas chez les élèves de deuxième génération. Plusieurs explications sont avancées : une meilleure maîtrise de la langue et du système scolaire, une moindre identification au statut d-« immigré » ou encore des attitudes des enseignant·es principalement dirigées vers les élèves nouvellement arrivé·es.

Les préjugés comme phénomène institutionnel

Cette recherche est l’une des premières, à grande échelle, à montrer que les attitudes auto-rapportées agrégées des enseignant·es constituent un indicateur mesurable du climat de diversité scolaire ayant un impact réel sur les performances. « Notre enquête rappelle une évidence souvent négligée : les préjugés ne sont pas seulement individuels, mais ils s’inscrivent dans des cadres institutionnels qui peuvent soit reproduire les inégalités, soit les réduire », souligne Anatolia Batruch.

Des pistes d’action

Pour réduire ces inégalités, les scientifiques appellent les pouvoirs publics à mettre en place une stratégie globale pour promouvoir des climats scolaires inclusifs, en priorité par des actions structurelles au niveau des écoles centrées sur les enseignant·es. Ils·elles proposent ainsi de :
  • renforcer la formation continue des enseignant·es en compétences multiculturelles,
  • organiser des temps collectifs de réflexion sur les attitudes envers les élèves issu·es de l’immigration,
  • instaurer des politiques limitant les biais, comme des tests anonymisés.


À l’heure où les migrations façonnent durablement les sociétés, l’école apparaît plus que jamais comme un levier central. Non seulement pour transmettre des savoirs, mais pour construire les conditions d’une égalité réelle des chances.

Référence : Teachersimmigration attitudes and studentsperformance, Learning and Instruction, Volume 102, April 2026, 102303, Anatolia Batruch, Nicolas Sommet, Eva G.T.Green.