Comment faire maigrir l’empreinte carbone alimentaire de l’EPFL?

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Le projet MegaBites analyse les habitudes des clientes et clients de points de r
Le projet MegaBites analyse les habitudes des clientes et clients de points de restauration de l'EPFL. 2024 EPFL/Jamani Caillet - CC-BY-SA 4.0
Le projet MegaBites a pour ambition de réduire d’un quart à un tiers le poids des émissions de gaz à effet de serre de l’alimentation à l’EPFL en deux ans. Cela passe par l’analyse des habitudes des clientes et clients.

Comme son nom l’indique, MegaBites met les bouchées doubles pour analyser l’ensemble des données permettant de simuler et d’améliorer le système alimentaire sur le campus: les ingrédients entrant dans les cuisines, la composition des plats, les ventes de repas agrégées par catégories de consommateurs et les déchets organiques. Le projet soutenu par l’Initiative Solutions for Sustainability (S4S) de l’EPFL vient de recevoir le feu vert du Comité d’éthique de l’École pour accéder à ces informations clés. Sans porter atteinte à la sphère privée, les responsables du projet pourront connaître le statut, la classe d’âge et le genre de celles et ceux qui fréquentent les points de restauration des campus. «Cela nous permettra de tester des mesures incitatives pour changer les comportements alimentaires», précise Vincent Moreau, responsable du projet au Laboratoire de science des données (dlab). À terme, MegaBites vise une réduction d’un quart à un tiers des émissions de gaz à effet de serre liées à l’alimentation de l’EPFL sur deux ans. Ce secteur représente 13% de l’empreinte carbone totale de l’École.

Mené par le Data Science Lab (dlab) de Robert West, en partenariat avec l’unité Restauration et Commerce (RESCO), MegaBites a une double raison d’être. «D’une part, l’urgence de réduire notre empreinte carbone et en particulier celle de notre alimentation, explique Vincent Moreau. D’autre part, les données collectées permettent une analyse inédite de la consommation alimentaire sur le campus.» MegaBites est ainsi un projet global qui entend avoir une vision complète du système alimentaire, du fournisseur de l’ingrédient au contenu des poubelles en passant par les cuisines et les catégories de consommateurs.

Pour ce faire, les données sont essentielles. Depuis 2019, sous l’impulsion du chef de RESCO Bruno Rossignol, le système alimentaire de l’EPFL a progressivement été scruté sous de multiples angles. Ont été passés au scanner la préparation des repas, le bilan carbone des ingrédients entrants, les ventes de 1,5 million de repas par an, la consommation d’énergie des points de restauration, les déchets de cuisine, le contenu des poubelles dans les restaurants, les valeurs nutritionnelle et environnementale...

Expériences aléatoires et non annoncées

L’accès aux données des ventes par catégories de consommateurs permet de mener des interventions ciblées et d’en mesurer les impacts sur la consommation et les émissions de gaz à effet de serre. «L’ensemble des membres de la communauté de l’EPFL participe au projet par ses choix alimentaires quotidiens dans les cafétérias et restaurants du campus, rappelle le chercheur. Nous allons d’abord pouvoir étudier les données historiques de juillet 2022 à fin 2023.» Les scientifiques pourront ainsi connaître quelle catégorie, parmi les étudiants, collaborateurs ou externes, hommes, femmes ou autres, jeunes ou moins jeunes, consomme quel type de plat, sans évidemment que ces personnes soient identifiables.

Puis, et c’est le but du projet, l’accès à ces données, via camipro, permettra de tester différentes mesures incitatives en vue de mettre en oeuvre les plus probantes. Le projet envisage par exemple d’évaluer les effets de dénominations des plats plus attractives sur les ventes; ceux d’une variation de prix, en diminuant notamment celui du menu végétarien ou encore, l’impact d’une présentation revue des aliments dans l’assiette. «Afin d’éviter certains biais, nous mènerons ces expériences de manière aléatoire et sans prévenir, et nous avons convenu avec le Domaine des systèmes d’information qu’il nous fournira les données de ventes durant celles-ci», précise Vincent Moreau. Les tests auront lieu ces prochains mois, du printemps à l’automne.

«Pour réduire de façon certaine notre empreinte carbone, il serait plus simple de décréter tout le campus végétarien. Mais ce n’est pas l’option retenue par l’EPFL qui compte une diversité culturelle et culinaire importante. La tâche est de fait plus complexe, mais d’autant plus intéressante d’un point de vue de la recherche, assure le scientifique. En outre, les méthodes que nous développons, nos analyses et nos interventions pourront bénéficier à d’autres campus à travers le monde.»

13% de l’empreinte carbone de l’EPFL est causée par l’alimentation
1,5 million de repas servis par an
4,7 kg d’équivalent CO2 par kilo de nourriture