Le Dr Stephan Utz est actuellement géographe de terrain et chef de projet au sein d’un bureau privé.

Après une thèse l’Institut de géographie et durabilité (IGD) de la FGSE, Stephan Utz a fait de la mobilité et du territoire le coeur de son parcours professionnel. Aujourd’hui chef de projet, et associé, dans le bureau de conseil BMH, il accompagne collectivités et entreprises de transport face aux défis très concrets de la transition et des usages. Un parcours à la croisée de la recherche, du service et de l’engagement.
De quoi est fait votre quotidien professionnel aujourd’hui ?
Depuis 2018, je travaille comme chef de projet au sein d’un bureau de conseil, BMH basé à Lausanne. Nous sommes spécialistes des questions de transition des mobilités et du territoire. Concrètement, nous accompagnons des collectivités territoriales et des entreprises de transport pour aller vers des modes de vie plus durables et plus inclusifs. Notre rôle consiste à construire, avec nos clients, des stratégies pour aménager, repenser, faire évoluer des offres, des infrastructures et des services.
Le bureau réunit des profils variés issus des sciences sociales : géographes, urbanistes, économistes... Ainsi nous offrons une palette assez large de prestations, avec une spécialisation forte dans l’étude des usages et des comportements. Par exemple, nous analysons comment les usagers s’approprient une offre de transport ou un aménagement urbain pour déterminer comment les améliorer. Cela passe par des observations de terrain, parfois immersives dans un espace public, mais aussi des approches qualitatives, comme des entretiens d’experts et des focus groups. Ces méthodes sont souvent combinées avec des outils quantitatifs, comme des enquêtes en ligne et des analyses de données.
Qu’est-ce qui vous plait le plus dans ce poste ?
Une grande partie de notre travail consiste à répondre à des mandats qui ressemblent parfois à de petits projets de recherche. J’ai toujours eu une appétence pour des projets plutôt courts. En bureau d’étude, les projets durent en général entre 2 à 6 mois, parfois avec des reconductions. Ce rythme me correspond bien. Gérer un projet sur une période concentrée, avec des résultats concrets à la clé, est extrêmement stimulant.
Un autre élément important de ma motivation, c’est que je suis devenu associé du bureau. Je participe donc aussi aux tâches d’administration et de direction de la structure. Piloter un bureau, savoir comment on le finance, comment on se positionne : c’est un aspect du travail que je trouve particulièrement passionnant.
Y a-t-il un projet qui vous a marqué plus que les autres ?
En 8 ans, j’ai abordé des thématiques extrêmement variées. Il y a une part de prospection proactive dans notre activité : on suit de près l’actualité. Par exemple, si une municipalité décide de généraliser la limitation à 30 km/h, nous pouvons lui proposer d’en analyser les effets. Qu’est-ce que cela va réellement impliquer - Y aura-t-il des effets impensés - De la même manière, lorsqu’un nouvel aménagement apparaît dans l’espace public, nous pouvons évaluer s’il répond aux attentes des usagers : est-il inclusif - Peut-il être amélioré ou adapté ?
Un projet particulièrement marquant, c’est celui que j’ai piloté du début à la fin avec la Communauté tarifaire vaudoise. L’idée était de repartir des besoins des usagers pour co-construire de nouvelles offres tarifaires. Ces offres ont ensuite été déployées et testées au cours des dernières années. Enfin, nous avons également réalisé un suivi de leur usage effectif.
Ce que j’apprécie dans ce projet, c’est que l’on peut contribuer concrètement à faire évoluer les comportements de mobilité. Des offres bien pensées peuvent amener certaines personnes à renoncer à la voiture et se rendre plus régulièrement à leurs activités de loisir en transport public.
Qu’est-ce qui vous a donné envie de faire une thèse à la FGSE ?
Mon Master, aussi à la FGSE, était orienté en géographie physique. Une fois diplômé, je ne me destinais pas à une carrière académique et j’ai commencé à chercher un emploi. Mais assez rapidement s’est présenté un poste de doctorant, dans le cadre d’un projet financé par l’Office fédéral de l’environnement, avec une thèse à l’Université de Lausanne et une à Fribourg. La recherche portait sur l’aménagement des cours d’eau, notamment dans une optique de protection contre les crues, mais aussi sur les démarches participatives et, plus largement, sur la manière d’intégrer les différents acteurs concernés.
J’y ai vu une vraie opportunité professionnelle. Cette dimension interdisciplinaire, impliquant de multiples acteurs, et des retombées concrètes, m’a tout de suite parlé.
Quelles compétences développées à la FGSE vous servent encore aujourd’hui ?
Le cursus à l’Université de Lausanne permettait de se former à des outils mixtes entre géographie humaine et physique. Aujourd’hui encore, j’utilise régulièrement les outils de cartographie, de SIG, par exemple pour faire de l’analyse spatiale. Plus généralement, ce cursus m’a ouvert les portes de nombreux domaines et de beaucoup de méthodologies : aussi bien les entretiens qualitatifs que les approches statistiques.
La thèse m’a permis d’approfondir ces méthodes, en particulier en sciences humaines et sociales, notamment par la pratique et par la lecture de la littérature scientifique. On apprend assez vite, finalement. Aujourd’hui, une part importante de mon travail repose aussi sur la recherche documentaire : analyser l’existant, faire du benchmarking, identifier des tendances. Ce sont des compétences que l’on acquiert clairement à l’université.
Le financement de la thèse par l’Office fédéral de l’environnement a également donné une dimension « projet » au doctorat, même si celui-ci restait académique. J’ai ainsi participé à de nombreuses séances avec les responsables du projet au sein de l’Administration fédérale.
Comment s’est passée la transition vers un rôle extra-académique ?
Pendant mon travail de thèse, j’avais déjà pas mal anticipé la suite. J’ai assez vite compris que la carrière académique n’était pas pour moi. Je devais encore effectuer plusieurs mois de service civil, et pour obtenir des postes intéressants, il faut s’y prendre suffisamment à l’avance.
